Chapitre 3
Les outils d'analyse de l'information comptable
La réalisation d’un diagnostic financier implique le passage de la lecture à l’interprétation de l’information financière. Les grilles de lecture proposées dans la section 2 du chapitre précédent permettent d'appréhender les opérations d'exploitation, d'investissement et de financement et leurs conséquences sur la situation, le résultat et la trésorerie de l'entreprise. Toutefois, cette lecture n'est pas globale dans la mesure où elle s'applique à des opérations considérées comme indépendantes. Face à cette limite, les outils d'analyse financière ont pour ambition de mettre en relation les opérations d'exploitation, d'investissement et de financement pour mesurer leur impact global sur la situation, le résultat et la trésorerie.
On dit souvent que l'on reconnaît les bons ouvriers à la qualité de leurs outils… Quelles sont les caractéristiques des bons outils d'analyse de l'information comptable ? Ce sont ceux qui répondent aux besoins de mesure et d'interprétation des analystes. Chaque outil tente de mesurer et d'expliquer un élément (phénomène ou grandeur économique) mesurable par une variable et explicable à travers sa modélisation, c'est-à-dire par des relations de cause à effet. Les outils permettent alors de répondre aux deux interrogations : pourquoi ? combien ? La réponse à la première interrogation permet d'identifier des variables explicatives elles-mêmes explicables par d'autres modèles. La réponse à la deuxième question permet de quantifier ces liens de causalité. Ainsi, par une succession de relations causales, les outils permettent de comprendre le fonctionnement d'une entreprise. La qualité des outils d'analyse dépend alors de la mesure des variables et des modèles utilisés qui doivent permettre une explication complète et globale de ces relations causales et être adaptés aux spécificités de l'entreprise étudiée.
Une idée assez séduisante consiste à imaginer qu'à partir de ces outils on puisse automatiser l'analyse financière jusqu'au diagnostic en se fondant sur un système de standards. Des tentatives en ce sens ont été conduites dans les années 80 par la création de systèmes experts d'analyse financière. Toutefois, la mise en œuvre de ces outils et leur interprétation ne sont qu'un point de départ de l'analyse. En effet, ils ne concernent qu'une partie de l'information financière et les autres renseignements à la disposition de l'analyste ne doivent pas être négligés. De plus, les données comptables sur lesquelles ils se fondent présentent des biais de mesure qui sont particulièrement marqués dans le bilan par phénomène d'accumulation. Enfin, ils sont en général destinés à comprendre la situation de l'entreprise et sa performance passée. Or si l'analyste peut s'appuyer sur cette approche, il oriente ensuite son diagnostic vers les perspectives d'avenir de l'entreprise. Les outils d'analyse de l'information comptable permettent de standardiser une partie du travail d'analyse notamment lorsqu'ils sont appliqués à un ensemble d'entreprises, à partir d'une base de données par exemple. Ce travail ne peut cependant être considéré comme une véritable analyse financière, il n'est qu'un traitement de données préliminaire au diagnostic financier. Ce dernier se fonde sur le jugement de l'analyste qui intègre d'autres dimensions que celles proposées par le modèle comptable. Les outils étudiés dans ce chapitre peuvent alors être définis comme des instruments à la disposition des démarches développées dans la suite de l'ouvrage.
Les outils d'analyse sont adaptés à la taille de l'entreprise. Leur développement fait apparaître un paradoxe : les outils applicables aux PME semblent plus développés, plus techniques et plus précis que ceux mis en œuvre pour les grandes entreprises. Cette situation trouve son origine dans la quantité et la qualité des informations disponibles. Les petites entreprises publient peu d'informations en dehors des comptes annuels et éventuellement des comptes semestriels. Ces comptes sont eux-mêmes assez limités puisqu'ils ne comprennent qu'un bilan, un compte de résultat et une annexe souvent réduite au minimum obligatoire. Ils sont de plus construits sur un référentiel comptable fortement influencé par les besoins de la fiscalité et en ce sens ne répondent pas parfaitement aux besoins de l'analyste. Ce dernier cherche alors à reconstituer l'information nécessaire à son étude en appliquant aux comptes des outils plus ou moins sophistiqués. En revanche, les grandes entreprises publient une information beaucoup plus riche, des comptes incluant le tableau de variation des capitaux propres, le tableau des flux de trésorerie et une annexe plus détaillée. Ces comptes sont, de plus, établis pour satisfaire les besoins des investisseurs. Ils fournissent donc directement la plupart des données nécessaires à l'analyse. Les besoins des utilisateurs permettent d'expliquer le développement d'outils adaptés aux PME. Les banques ont développé de nombreux outils permettant de mener des analyses standardisées applicables dans l'ensemble de leur réseau afin de maîtriser et d'uniformiser la prise de risque en matière d'octroi de crédits. Ces outils ne sont adaptés et utilisés que pour les petites et éventuellement les moyennes entreprises. En effet, lorsqu'elles font appel au financement, les grandes entreprises voient leurs comptes analysés individuellement, que ce soit par les banques, les investisseurs ou les agences de notation.
Les outils présentés dans ce chapitre sont donc particulièrement utiles pour l'analyse des comptes de PME. Ils sont élaborés à partir des données fournies par la comptabilité en appliquant des retraitements qui dépendent des objectifs de l'analyste et de sa manière de concevoir l'entreprise (section 1). Certains ont été développés pour mesurer et analyser la trésorerie (section 2) et d'autres pour appréhender la valeur et la capacité de l'entreprise à dégager du résultat (section 3).
1. Conception de l'entreprise, objectifs de l'analyste et outils d'analyse de l'information comptable
1.1. De la conception juridique à l'approche économique
1.1.1. Deux conceptions de l’entreprise
1.1.2. Les retraitements des approches juridiques et économiques
1.2. Objectifs de l'analyste et besoins de mesure
1.3. Classification des outils en fonction de la conception de l'entreprise et des besoins de mesure
2. Les outils de mesure et d'analyse de la trésorerie
2.1. Mesures de la trésorerie
2.2 Le bilan liquidité
2.3. L'équilibre fonctionnel horizontal : le bilan fonctionnel et le tableau de financement
2.3.1. Bilan fonctionnel horizontal
2.3.2. Tableau de financement
2.3.3. Interprétation de l'équilibre fonctionnel horizontal
2.4. Bilan fonctionnel pool de fonds et tableau des flux de trésorerie
2.4.1. Le bilan fonctionnel pool de fonds
2.4.2. Élaboration et interprétation du tableau des flux de trésorerie
3. Les outils de mesure et d'analyse de la valeur
3.1. Les soldes intermédiaires de gestion
3.1.1. Élaboration des soldes intermédiaires de gestion
3.1.2. Analyse de la valeur ajoutée
3.2. Une approche juridique de la valeur : le bilan patrimonial
3.3. Une approche économique de la valeur : le bilan économique en valeur
3.3.1. Construction du bilan économique en valeur
3.3.2. Interprétation du bilan économique en valeur